Souveraineté pharmaceutique : la France cherche à reconstruire sa capacité de production
La France dispose d’une recherche pharmaceutique reconnue, de scientifiques de haut niveau et d’écosystèmes d’innovation performants. Pourtant, son appareil productif s’est considérablement affaibli au fil des années. Aujourd’hui, une large majorité des principes actifs utilisés dans les médicaments consommés dans le pays proviennent de l’étranger, principalement de Chine et d’Inde.
Cette dépendance met en lumière un déséquilibre profond entre excellence scientifique et capacité industrielle. Alors que la France continue d’investir dans la recherche, les biotechnologies et les sous-traitants du secteur, une partie importante de la fabrication s’est progressivement déplacée vers d’autres pays, y compris au sein de l’Europe.
Selon Gilles Lasserre, dirigeant de l’industrie pharmaceutique, cette situation résulte notamment des choix opérés depuis une vingtaine d’années. Les pouvoirs publics ont cherché à contenir le prix des médicaments pour maîtriser les dépenses de santé, tout en souhaitant conserver une industrie nationale compétitive. Or ces deux priorités se sont révélées difficiles à concilier sur la durée.
Le système français de fixation et de négociation des prix, notamment à travers la Haute Autorité de santé et le Comité économique des produits de santé, est présenté comme particulièrement contraignant. Des tarifs jugés trop faibles peuvent réduire l’attractivité du territoire pour les investissements industriels et rendre certaines productions moins rentables.
La reconquête de la souveraineté pharmaceutique ne dépend donc pas uniquement du financement de la recherche. Elle suppose aussi une stratégie industrielle durable, capable de favoriser l’implantation d’usines, la relocalisation de certaines productions et la sécurisation des approvisionnements essentiels.